• IEF: les autres enfants et les enfants des autres

    Notre vie a été un peu mouvementée ces dernières semaines. Nos leçons se sont poursuivies sur un mode plus léger, je n'ai pas trouvé le temps de faire vivre ce blog, à peine celui de visiter les divers réseaux sociaux ou de répondre à mes mails (re-excuses subliminales à quelqu'une en particulier qui se reconnaitra... ;-))

    Mais ce fut instructif, néanmoins. Et il y quelques anecdotes que j'ai envie de partager ici.

    IEF: les autres enfants et les enfants des autres

     

     

     

    Entre autres choses, j'ai dû garder ma nièce (que je désignerai par "Miss.L") à qui son chirurgien a prescrit une interdiction temporaire d'aller à l'école suite à une grosse opération qu'elle a subie. Elle a l'âge de ma Poussinette, elles sont très proches et ont toujours été dans la même classe depuis la maternelle. Elles ont toujours partagé, à peu de choses près, les mêmes ami.e.s et centres d'intérêts, et étaient d'un "niveau scolaire" assez similaire, pour peu que ça puisse vouloir dire quelque chose.

    Sept mois après la déscolarisation de mes Zouzous, qu'en est-il?

    Miss.L déteste l'école, sauf pour les copines à la récré.  Elles collectionnent les goodies Violetta, (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil à vos risques et périls: mais attention, c'est consternant de médiocrité) (oui, c'est un jugement de valeur, non je ne prendrai même pas la peine de l'étayer), les vernis à ongles, et connaissent les marques de fringues mieux que moi. Miss.L considère la lecture comme une corvée, les maths comme une contrainte, le français comme une perte de temps, l'histoire-géo "un truc qu'on fait pas trop souvent à l'école heureusement [elle] aime pas ça". Elle est persuadée de n'avoir jamais vu la division ni le passé simple (en fait, si, j'ai vérifié dans ses cahiers), ignore ce qu'est l'Antiquité (qu'elle a étudié il y a moins d'un an), ne reconnait pas un verbe, ni un nom, ni un adjectif ni... bon en fait elle ne connait que les déterminants. Elle n'a jamais vu une boussole, d'ailleurs elle ne connait même pas le mot.

    Tout ça, en soi, ce n'est pas grave. Non.

    Le vrai problème: c'est qu'elle se moque complètement de se savoir ignorante, car elle ne voit aucun intérêt à rien de ce qu'on peut lui enseigner. J'évoquerai à ce sujet une citation de Charlotte Mason qui me tient à coeur:

    la question n'est pas "quelle quantité de choses l'enfant connait-il au terme de ses études" mais "à quel point s'en soucie-t-il? Et à combien de sujets différents est-il capable de s'intéresser?" (“The question is not, -- how much does the youth know? when he has finished his education -- but how much does he care? and about how many orders of things does he care?)

    Bref, Miss.L, c'est ma Poussinette d'il y a 7 mois.

    Avec nous, Miss.L s'ennuyait un peu: pas de télé la journée, il a bien fallu l'occuper. Je lui ai donc proposé quelques activités, pas du travail, ni des devoirs... Elle a découvert la grammaire  et l'orthographe façon Montessori, et elle a compris. Elle a fait des dictées façon Charlotte Mason, et a fait peu d'erreurs, et a compris et pu corriger ces dernières. Elle a fait des maths avec les cahiers Singapour, les réglettes Cuisenaire, des jeux Spielgaben, des kangourou des maths: et c'était bien. Elle a découvert la nature, joué "à faire le plus gros plouf de caillou dans le ruisseau" (vivement qu'il fasse chaud, qu'on puisse y faire "des ploufs avec les pieds"), collecté des bourgeons et des chatons, observé des petites et grosses bêtes, fait plein de dessins, elle a lu Picouic et Tigrelin, une poésie de Victor Hugo, des contes d'Andersen, des documentaires Usborne...

    Bref, elle a découvert l'IEF.

    Et elle aime ça.

    En partant, elle m'a fait promettre qu'elle pourrait revenir quelques jours durant ses prochaines vacances.

    Lors de notre ultime sortie ensemble, hier après-midi, nous sommes allés au petit square de jeux qui se trouve à côté de l'école du village. À 15h30, les enfants de cette école étaient en garderie dans la cour en attendant la sortie de 16h30, sous le gardiennage de deux femmes qui leur hurlaient dessus dès qu'ils mettaient un pied dans la pelouse ou qu'ils descendaient du toboggan dans le mauvais sens.

    Très vite ces enfants se sont mis à interpeler ma petite meute et à leur faire de grands signes de mains, toujours sous les vociférations des deux gardiennes...

    Tout en surveillant Minichou qui tentait d'improviser une dégustation de cailloux et branches d'arbres, j'écoutais la discussion de mon petit groupe:

    _"Mais qu'est-ce qu'ils ont à nous fixer comme ça?

    _Pourquoi ils crient pour nous appeler? Ils n'ont qu'à s'approcher de la barrière on les entendra mieux "Hé! Venez!"

    _Bah non, regarde ils peuvent pas, y a de l'herbe et la dame elle va les crier si ils marchent dessus.

    *un blanc*

    _Ho les pauvres, mais ils doivent être trop jaloux en fait de nous voir comme ça. Ils sont enfermés dans des barrières et nous on a tous le parc derrière on va où on veut.

    _Non, même pas, on a tout le quartier.

    ...

    _Tout le village même... On peut aller où on veut en fait, on est libre et eux ils sont enfermés derrière des barrières et ils ont même pas le droit de marcher dans l'herbe. Les pauvres."

    Là, j'interviens en leur rappelant que dans leur ancienne école, ils étaient carrément enfermés dans des murs, et qu'il n'y avait même pas d'herbe.

    Quelques secondes de réflexions, à nouveau...

    "Bah oui, mais ça nous semblait normal, on se rendait pas compte. Mais maintenant qu'on est sorti, ça fait bizarre de voir les autres en fait."

    Après ça, je l'avoue, l'ambiance était plombée et ils ne pouvaient plus s'arrêter d'observer les enfants dans la cour, nous avons donc pris la décision de rentrer et de nous faire un bon goûter. En chemin, Poussinette a ramassé des cailloux-silex et a essayé de les frotter les uns contre les autres pour y tailler des armes préhistoriques. Miss.L a suggéré de tresser des herbes pour faire une corde solide pour aller à la chasse au mammouth et Poussinou a trouvé une belle branche de noisetier pour son arc.

    Les autres enfants, eux, ont probablement continué de tourner en rond dans leur cour carrée en se faisant rappeler à l'ordre s'ils allaient à contre-sens.

    IEF: les autres enfants et les enfants des autres

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  • Commentaires

    1
    Samedi 19 Mars 2016 à 13:41
    Tiphanya

    Moi je fuis les parcs collés aux écoles, c'est toujours un peu bizarre et j'ai l'impression d'être au zoo ou au cirque ma fille et moi ne pouvant les quitter des yeux.

      • Lundi 21 Mars 2016 à 08:25

        C'est exactement ça! Honnêtement, je n'avais pas anticipé: l'ancienne école de mes loulous n'avait pas adopté les nouveaux rythmes scolaires, je ne m'attendais pas à voir des enfants si tôt dans la cour. Mais maintenant qu'on sait, on évitera les jours d'école.

    2
    Walouu
    Samedi 19 Mars 2016 à 16:18

    Les mêmes impressions du moment... Cela fait depuis septembre 2014 que l'on fait ief, maintenant qu'on a trouvé notre rythme, supports etc , on se rend vraiment compte de notre liberté et qu'on l'apprécie pleinement! On ne parle même plus de retour en école. Ce matin, en courses nous avons rencontré une ancienne maitresse de mon TAZ, qui était avec nous. Elle lui a demandé comment cela se passait, si tout allait bien, il lui répondu que oui, extrêmement et qu'il appréciait vraiment l'ief, alors qu'il n'en parlait pas vraiment il y a un an encore.. Je constate aussi le manque d'intérêt pour toute culture en ce qui concerne les jeunes ou même les plus vieux lorsqu'ils sont scolaire quand on les voit sur l'extérieur, ils n'en parlent pas, et déjà je le remarquais ne serait-ce qu'avec mes deux grands qui ont toujours été scolaire, même si nous on en parlait, eux non, pas envie. Avec les deux derniers, on va parler de maths, de français, de langues, d'histoire, de géographie etc, en se promenant, pendant le repas, lors d'une vision sur un documentaire, en voiture etc, ils adorent çà, et aiment retransmettre ce qu'ils ont vu, appris ensemble, alors que ce n'est pas le cas avec leurs copains, ni même avec les parents de ces copains, qui en fait, ne savent pas vraiment ce que leurs enfants voient à l'école. On en parle un peu plus maintenant avec les deux grands, par rapport aux petits frère en ief qui eux en parlent librement et avec intérêt. Pour les parcs, ici il n'y en a qu'un, pas à coté d'une école, et peu fréquenté en semaine par des familles..

      • Lundi 21 Mars 2016 à 08:30

        Je nous retrouve beaucoup dans ce que tu racontes! yes

    3
    Lundi 21 Mars 2016 à 00:01

    Bonsoir, je sous-marine de temps en temps ici depuis quelques temps et j'aime bien ;-)

    là je crois que c'est mon premier commentaire et je me demande : les parents de la petite MissL : ils en pensent quoi ? Ca ne les interroge pas ? Surtout avec votre exemple sous les yeux ? Parce que je comprends que beaucoup de familles lambda ne se posent même pas la question, puisqu'une telle attitude ne vient que confirmer que "les enfants n'aiment pas apprendre, travailler, etc", mais quand on n'a des contre-exemples sous les yeux...?

    A part ça je garde la chouette citation de C. Mason, elle est vraiment superbe et tellement juste : apprendre à apprendre, aimer apprendre, et tout est possible ensuite...

    merci !

     

      • Lundi 21 Mars 2016 à 08:34

        Et bien: merci d'avoir pris le temps de commenter alors!  En plus, tu as bien fait car comme ça je découvre également ton blog. ^^

        Pour te répondre: si, les parents s'interrogent, en effet. Pas un hasard si c'est à nous qu'elle a été confiée durant ce temps. ;-) Après, faut que ça fasse son chemin, il y a beaucoup de préconçus à déconstruire et ils n'ont pas du tout la possibilité de désco la petite.

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    4
    Lundi 21 Mars 2016 à 14:09

    Edifiant... et tellement en écho avec ce que nous avions ressenti... Tes enfants ont mis le doigt dessus : on ne se rend pas compte avant d'avoir vécu en dehors de l'école... Le plus surprenant c'est que parfois certains pensent que nos non scos sont enfermés (commentaire d'une ado il y a quelques années), un comble car ce qui a le plus choqué les deux filles en allant au collège pour passer l'ASSR c'est le bruit du clic de la serrure derrière elle... Ici la porte n'a jamais été fermée à clé...

      • Mardi 22 Mars 2016 à 09:38

        Pareil, souvent on me demande si ce n'est pas trop dur de rester toute la journée à faire travailler les enfants... Quand j'explique (de moins en moins souvent) que le très très formel ne nous prend guère que deux petites heures pas jour, quatre fois par semaine, je sens de l'incrédulité... Pourtant, jusqu'ici, la plupart nos leçons de géographie, par exemple, ont été faites en plein air ou dans la cuisine (étudier le relief avec de la farine et de l'eau, c'est top!)(sauf le ménage après, je rigole moins, mais bon...) et ... ça va. Ils comprennent et retiennent très bien. Et surtout: ils aiment ça! :-)

    5
    LiLi
    Mercredi 6 Juillet 2016 à 08:48

    Bonjour. Si je pense qu'il faudrait que chacun puisse décider librement de l'éducation de son enfant, je ne pense qu'il soit nécessaire de critiquer l'école et l'institution pour mettre en avant les bienfaits de l'IEF et surtout, les résultats ne sont absolument pas comparables! En terme de moyen, de temps, mais surtout de liberté, les enseignants ne sont pas sur un pied d'égalité. Ce qui fait la crispation de ceux qui travaillent pour l'éducation nationale c'est la guerre qu'ils doivent mener avec l'inspection mais aussi et surtout les parents. L'exemple du gardiennage et des "deux femmes qui leur hurlaient dessus dès qu'ils mettaient un pied dans la pelouse ou qu'ils descendaient du toboggan dans le mauvais sens." ? Pelouse abimée = problème ("vous ne faites pas correctement votre travail" par les supérieurs), Toboggan dans le mauvais sens = risque d'élève blessé = très gros problème avec les parents.
    Les parents qui confient leurs enfants dans le cadre de l'IEF le font dans une démarche réfléchie (ils se soucient de l'éducation de leurs enfants) et offrent leur confiance au professeur...

    Je reste persuadée que le plus gros problème de l'éducation nationale est l'ingérence des parents et de l'institution dans les méthodes que pourraient proposer les enseignants les privant ainsi de ce qu'ont leur avait pourtant promis au départ : la liberté d'enseignement.

    Enfin, je pense qu'un enfant qui se fiche de savoir s'il apprend des choses et s'il est ignorant est un gros problème que le professeur peut éventuellement résoudre mais là, je pense qu'il s'agit plus d'éducation. La culture du livre et du savoir doit être prônée à l'école évidemment ; mais si d'une part ce n'est pas fait dès le départ à la maison et d'autre part que ce n'est pas entretenu dans le cadre familial, ce n'est peut être pas l'école qui est à pointer du doigt non?

    Je vais prendre l'exemple de Violetta : si certains élèves ont pu en entendre parler à l'école par leurs camarades , c'est pourtant bien à la maison, avec les parents qu'ils regardent ce programme! Ce ne sont pas non plus les enseignants qui les poussent à acheter toute la panoplie...

    J'ai été une très bonne élève pourtant très malheureuse à l'école. Aujourd'hui, je suis une professeure qui obtient de bons résultats avec des élèves qui évoluent et surtout viennent avec plaisir en cours poser toute sorte de questions. Quand on critique l'éducation nationale et surtout un enseignant sans le nommer individuellement et qu'on généralise ainsi ses mauvaises pratiques, c'est aussi mon travail qu'on critique...

     

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